2014, le quotidien russe de référence Vedomosti avait révélé une opération financière dans laquelle Thierry Mariani apparaissait.

Fin 2014, le quotidien russe de référence Vedomosti avait révélé une opération financière dans laquelle Thierry Mariani apparaissait. Dans un article consacré à l’association de deux holdings pour créer un fonds d’investissement en Russie, on apprenait que le député UMP figurait dans le « conseil consultatif » d’une des deux sociétés. L’autre holding n’était autre que Marshall Capital Partners, détenue par l’oligarque ultraorthodoxe Konstantin Malofeev, proche du Kremlin. Thierry Mariani avait démenti ce mélange des genres, expliquant que son nom avait été utilisé « à son insu », mais reconnaissant que c’étaient des fuites dans la presse qui l’avaient fait reculer.

L’ex-député connaît en tout cas Konstantin Malofeev « depuis longtemps », nous avait-il confié en décembre 2016, alors que nous l’interviewions dans le cadre de notre livre sur Marine Le Pen. Thierry Mariani avait même tenté de « monter une mission dans le Donbass » avec l’oligarque. « On avait laissé tomber car les conditions de sécurité n’étaient pas respectées. »

Sa visite de dimanche dans le Donbass n’est pas sans rappeler celle d’une équipe de l’ex-Front national (aujourd’hui Rassemblement national, RN) en octobre 2014. L’eurodéputé frontiste Jean-Luc Schaffhauser s’était rendu sur place pour soutenir les séparatistes pro-russes. Officiellement, l’élu s’y était rendu seul, et de sa propre initiative. Mais en réalité, un très proche de Marine Le Pen était secrètement du voyage : son directeur de cabinet, Nicolas Lesage, comme nous l’avions dévoilé

Ce voyage sera l’occasion de donner de la légitimité à ces élections, mais aussi de réaliser des vidéos relayant la propagande pro-russe. Si l’achat des billets d’avion avait été géré par des contacts russes de l’eurodéputé, le plan média qui accompagnait la virée avait été minutieusement préparé par Nicolas Lesage, qui s’est envolé dans le Donbass avec un visa officiel « d’invité ». Le tout étant organisé avec l’aval de Louis Aliot, comme l’attestait un mail (lire notre article).

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Jean-Luc Schaffhauser (au centre), le 2 novembre 2014, lors de sa conférence de presse à Donetsk, dans le Donbass, en marge des élections. © Capture d’écran de la vidéo de Nations.Presse.info.

Cette visite était tout sauf anodine. Deux mois plus tôt, le Front national avait signé un prêt de 9,4 millions d’euros avec une banque russe, grâce aux réseaux de Jean-Luc Schaffhauser, consultant international au carnet d’adresses fourni dans les pays de l’ex-URSS. L’obtention de cet emprunt, qui reste entaché de zones d’ombre, fut le résultat d’un long travail mené par le parti d’extrême droite et ses intermédiaires : activation de réseaux, lobbying pro-russe dans les médias et au Parlement européen, multiples visites en Russie et dans les régions séparatistes pro-russes.

En mai 2015, Schaffhauser s’était à nouveau rendu dans le Donbass, aux frais des séparatistes. Pour l’eurodéputé Aymeric Chauprade, ces voyages seraient « une contrepartie au prêt. Car aller dans le Donbass marquait un soutien fort à la Russie ».

Thierry Mariani jetait à l’époque un regard critique sur ces voyages : « Moi j’estime que quand je monte des missions ou des voyages avec certains de mes collègues, la première chose à vérifier c’est quand même que les gens ne soient pas des zozos en face », nous expliquait-il en 2016. Il faut dire qu’à l’époque, le député n’avait pas encore entamé de négociations avec le Front national pour une candidature aux élections européennes. Il faisait campagne pour François Fillon et tentait de convaincre les Russes de l’opportunité de soutenir son candidat plutôt que Marine Le Pen.

« Les Russes la voient comme la seule personnalité crédible, c’est ça le problème, nous expliquait-il. Le Front national a toujours eu une attitude constante et monolithique et les Russes sont persuadés qu’il peut prendre le pouvoir en 2017. Moi je passe mon temps à leur expliquer qu’il y a aussi la droite ! Ils n’avaient plus vraiment confiance en Sarkozy. Juppé c’est l’Otandiste. Fillon est le plus constant, mais avant les primaires, ils ne misaient pas un kopeck sur lui. Aujourd’hui, la donne a changé », pensait-il.

Thierry Mariani n’hésitait pas à critiquer le prêt russe du Front national. Tout en trouvant « choquant » que « les banques françaises ne prêtent pas à un parti qui est solvable », il estimait que « la vraie question, c’est est-ce qu’ils ont remboursé le prêt ? ». 

L’échec cinglant de François Fillon à l’élection présidentielle semble lui avoir fait repenser sa stratégie.

Aujourd’hui, la présence de Thierry Mariani sur la prochaine liste du RN aux européennes est annoncée de façon insistante, lui qui prône depuis des mois l’union des droites, c’est-à-dire le rapprochement de LR et de l’extrême droite. « Je suis à jour de cotisation jusqu’au 31 décembre, ensuite vous verrez si je la renouvelle », indique-t-il sur un ton mystérieux.

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