Bolloré et la liberté d’expression

L’industriel Vincent Bolloré est aujourd’hui au centre de nombreuses critiques pour la gestion humaine de ses médias.

C’est un petit rassemblement, mais il est révélateur d’un état d’esprit. Lundi 4 janvier 2021, pour protester contre l’éviction du chroniqueur Stéphane Guy, licencié de Canal+ après avoir soutenu l’humoriste Sébastien Thoen, lui-même congédié, quelques dizaines de salariés sont apparus, devant le siège du groupe, avec un masque à l’effigie de leur camarade.

Que des salariés, parfois syndiqués, n’osent plus apparaître à visage découvert pour soutenir un collègue, voilà qui en dit long sur le climat de peur et d’intimidation qui règne à Canal+. D’autant que là où Sébastien Thoen peut être accusé d’avoir dénigré son employeur en réalisant un sketch plagiant une émission de Pascal Praud, sur CNews, Stéphane Guy, lui, s’est contenté d’adresser un salut amical à Sébastien Thoen en commentant que celui-ci n’avait pas, « la sortie qu’il mérite ».

Où s’arrête la liberté d’expression ? Jusqu’où va l’exigence de loyauté envers l’entreprise ? Le showman franco-béninois Edgar Yves, affirme cette semaine qu’un de ses sketchs a été coupé dans la retransmission de Comédie+, du groupe Canal – à la demande de l’artiste, affirme le producteur de l’émission. Le sketch faisait sur scène un parallèle entre Vincent Bolloré, qui contrôle Canal+, et le président guinéen Alpha Condé.

« Sur Comédie+ non plus, on ne peut pas rire de Vincent Bolloré », écrit Le Monde. Ce qui est sûr, c’est que pour l’industriel breton, la fidélité à ses intérêts doit être totale. L’homme exige d’ailleurs des synergies au sein de Vivendi, qui regroupe Canal+, mais aussi Editis, Havas et bientôt Prisma. Que se passera-t-il si demain Capital veut enquêter sur Bolloré ou si Télé Loisirs décide de mettre en avant Yann Barthès sur TMC plutôt que Cyril Hanouna sur C8 ?.

Vis-à-vis des journalistes qui enquêtent sur lui, notamment en Afrique, le milliardaire n’hésite pas à engager des procédures baillons. Sans succès d’ailleurs. Il avait été jusqu’à réclamer 50 millions d’euros à France Télévisions après un Complément d’enquête témoignant des conditions de travail dans une de ses entreprises au Cameroun.

À Prisma, les journalistes vont pouvoir exercer leur clause de cession. La grève à iTélé, en 2016, avait fait partir une centaine de salariés qui anticipaient la transformation de leur chaîne en canal d’opinions à la Fox News. C’est ce qui s’est produit avec CNews… Le groupe, qui négocie une reprise de la Ligue 1, demande en parallèle à l’État des assouplissements comme une baisse de moitié de la TVA pour Canal+. Mais l’Élysée, qui constate un glissement populiste et très à droite de CNews, ne veut pas en entendre parler. 

Source : www.rfi.fr/fr

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