Pour avoir accusé Israël « d’apartheid », une ONG est bannie des écoles

L’État hébreu contre-attaque, une semaine après avoir été qualifié d’« État d’apartheid » par l’ONG israélienne B’Tselem. Les autorités ont décidé d’interdire à cette organisation d’intervenir dans les écoles du pays. B’Tselem dénonce une décision scandaleuse.

B’Tselem persiste et signe. Face aux pressions des autorités israéliennes, l’ONG ne recule pas. Pour son porte-parole Amit Gilutz, Israël est bel et bien un régime « d’apartheid ». « Le ministre de l’Éducation Yoav Gallant a ordonné aux écoles de bannir B’Tselem, en disant qu’il était contre les mensonges et qu’il défendait un Israël juif et démocratique. C’est le ministre Gallant qui ment ! Israël ne peut pas être considéré comme une démocratie tant que l’État hébreu œuvre à perpétuer la suprématie juive au détriment des Palestiniens. Cela s’appelle : l’apartheid. Personne ne peut dissimuler la réalité. »

Créée en 1989, l’ONG répertorie sans concession les violences et les injustices subies par les Palestiniens sous occupation israélienne. « B’Tselem est déterminée à poursuivre son travail de documentation et d’analyse, et à rendre publique ses informations aussi bien en Israël qu’à travers le monde » prévient Amit Gilutz.

L’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem a jeté un énorme pavé dans la mare la semaine dernière en publiant, pour la première fois depuis sa création à la fin des années 1980, un rapport décrivant la politique menée par l’Etat hébreu de la mer Méditerranée au fleuve du Jourdain.

« Nous en sommes venus à la conclusion qu’il n’y avait pas deux régimes de la mer au fleuve (l’un israélien, l’autre palestinien), mais un seul, et que ce régime œuvre à développer et à consolider la suprématie d’un groupe sur un autre, les Juifs sur les Palestiniens », dit à l’AFP Hagai el-Ad, directeur de B’Tselem.

« C’est la définition, dans les manuels scolaires, d’un régime d’apartheid », ajoute-t-il, affirmant que son organisation ne prenait pas la chose « à la légère » en utilisant un terme évoquant l’ancienne politique de l’Afrique du Sud à l’égard de la population noire.

Côté palestinien, de nombreuses personnes ou ONG dénoncent aussi une politique « d’apartheid » en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et dans la bande de Gaza, des territoires par ailleurs qualifiés d' »occupés » par l’ONU.

Mais voir la plus grande ONG israélienne de défense des droits humains leur emboîter le pas a aussi montré des divisions. La presse hébraïque n’a presque pas mentionné la nouvelle position de B’Tselem, contrairement à la presse locale en anglais et aux médias arabes et internationaux.

Cette position est « révolutionnaire », a écrit le commentateur Gideon Levy dans la version anglaise du Haaretz, grand quotidien du centre-gauche israélien, car elle évoque non seulement une « suprématie juive » dans les Territoires occupés mais plus largement de la Méditerranée au Jourdain.

« Habituez-vous au mot: apartheid. Un régime d’apartheid. Nous y vivons, nous en faisons partie, nous en sommes les partenaires. C’est notre pays », a ajouté le commentateur honni de la droite israélienne.

– Pas dans les écoles –

Deux éléments ont poussé l’ONG à changer sa définition de ce qu’elle considère être la réalité sur le terrain, explique M. El-Ad

Primo, la promulgation en 2018 de la loi de l’Etat-Nation, qui consacre le caractère juif d’Israël et donc le statut de « seconde zone », selon l’ONG, des Arabes israéliens –les Palestiniens et leurs descendants vivant en Israël depuis la création du pays en 1948.

Secundo, les discussions au cours de la dernière année sur l’annexion par Israël de pans de la Cisjordanie –qui ne se sont toutefois pas matérialisées.

Le ministre israélien de l’Education Yoav Galant a interdit dimanche aux écoles israéliennes d’inviter certains membres d’organisations « nommant Israël de façon désobligeante et erronée », une information qui cette fois est parue dans la presse locale hébraïque.

Le lendemain, Hagai el-Ad devait intervenir par téléconférence –coronavirus oblige– devant des élèves d’une école secondaire de Haïfa (nord). Sa présentation a été maintenue malgré l’interdiction et les adolescents ont talonné le directeur de l’ONG.

« L’une des questions était de savoir si nous étions une organisation extrémiste. J’ai répondu que notre position n’était pas extrême mais que c’est la réalité qui l’était », raconte M. El-Ad, jugeant hostiles les interrogations des élèves à son égard, et en « phase » avec la position du gouvernement.

Source : RFI / actu.orange

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