Travail dissimulé : La mère de Yuriy, accusée d’«exploitation» de onze femmes de ménage ukrainiennes

Onze Ukrainiennes auraient travaillé, sans rémunération décente, pour une entreprise de conciergerie. Au cœur du dossier sur lequel «Libé» enquête depuis des mois, une patronne accusée de « travail illégal ». Si, à ce stade, les enquêteurs ne lient pas les deux affaires, cette femme, dont le visage tourne en boucle dans les médias depuis quelques jours, est la mère de Yuriy, l’adolescent tabassé à Paris.

Oksana et ses collègues vivent ces derniers jours des émotions contradictoires. Depuis presque un an, cette ancienne femme de ménage franco-ukrainienne se bat avec dix consœurs, elles aussi ukrainiennes, pour faire valoir leurs droits. Elles disent avoir été embauchées illégalement par une société nommée V.I.P. Services-Concierges, un sous-traitant de HostnFly, une conciergerie dédiée notamment à la location Airbnb.

Leur dossier avance : l’inspection du travail a signalé les faits au procureur via l’article 40 du code de procédure pénale et s’est adjoint les services de l’Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI) le 7 octobre. Reçues par les gendarmes, elles ont déposé plainte fin novembre, et une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris. Jusqu’à la semaine dernière, elles ont été entendues par l’OCLTI dans cette affaire, qui fait peser des accusations de «travail dissimulé», de «travail illégal» et de «traite des êtres humains» sur l’entreprise. Une petite victoire pour ces travailleuses précaires.

Ce week-end, c’est sur les réseaux sociaux qu’elles ont découvert la nouvelle : la patronne qu’elles accusent de les avoir rendues dépendantes d’un système d’emprise n’est autre que Nataliya Kruchenyk, la mère de Yuriy, l’adolescent de 15 ans tabassé par une bande de jeunes hommes à Paris, le 15 janvier. Pour l’heure, aucun lien n’est établi entre les deux affaires. Contacté par Libération, le parquet de Paris n’a pas souhaité s’exprimer.

Mais le fait divers plonge tous les acteurs de ce dossier, sur lequel Libération enquête depuis de longs mois, dans un état de sidération. Les images tournent en boucle. «Humainement, ça me touche car j’imagine très bien ce que cela fait de vivre cela, que l’on s’en prenne à son enfant », reconnaît Oksana. Avec les anciennes femmes de ménage, elle s’interroge : la pitié facilite-t-elle le pardon ?

Visa touristique»

Oksana, 55 ans, montre ses mains, creusées par les produits ménagers que les travailleuses ont dû appliquer chaque jour sans protection. Elle pointe aussi son dos et ses pieds, douloureux. A l’origine, le boulot promis avait pourtant tout l’air d’un bon plan. Les femmes, souvent jeunes et originaires de la même région d’Ukraine occidentale, ont été recrutées directement là-bas, à Ivano-Frankivsk notamment. «Au départ, on était embauchées seulement pour les fortes périodes touristiques comme Noël ou l’été. On arrivait pour la plupart avec un visa touristique», explique Ivana (1), une autre de ces travailleuses, qui dit ressentir encore un état de fatigue important plusieurs mois après. Certaines d’entre elles s’installent à Paris, au-delà de la date d’expiration de leur visa touristique, avec conjoint et enfants. La gérante leur promet des jours heureux en France, avec un CDI et une régularisation à la clé.

« En réalité, c’est tout un système de dépendance qui se mettait en place. Elle leur faisait miroiter une régularisation, les aidait à se domicilier, voire leur proposait de leur sous-louer un logement lui appartenant, en ponctionnant le loyer directement sur le salaire. En échange, elles devaient travailler pour sa société », explique Marilyne Poulain, membre de la direction confédérale de la CGT, qui les a accompagnées dans leurs démarches.

Source : .liberation

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